jeudi 27 octobre 2011

À quand des organes cultivés et "prêts à greffer" ?

En 2010, selon l'Agence nationale de la biomédecine, 273 personnes inscrites sur liste d'attente d'un organe sont décédées faute d'avoir reçu une greffe. Chaque année, en France, les médecins dénombrent environ 10 000 nouveaux cas d'insuffisance cardiaque grave, réfractaire aux traitements, alors que moins de 400 transplantations cardiaques sont réalisées. Et, malheureusement, les dons d'organes seront toujours inférieurs aux besoins. C'est pourquoi les Académies de médecine et de chirurgie ont organisé une séance commune intitulée "Les organes auto-construits remplaceront-ils la transplantation ?", peu avant la 7e Journée mondiale du don d'organes, qui aura lieu dimanche.
Concernant le coeur, le Pr Philippe Menasché, qui dirige une unité Inserm, "Thérapie cellulaire en pathologie cardio-vasculaire", à l'hôpital européen Georges-Pompidou de Paris, estime que son remplacement complet par un autre coeur constitué d'une matrice, d'origine humaine ou animale, et ensemencée par des cellules capables de s'organiser, pour avoir une activité de pompe efficace, "est une perspective encore incertaine et en tout cas certainement lointaine". Mais ce spécialiste reste optimiste, car le développement de cette technologie, même si elle ne parvient pas à atteindre l'objectif final, a déjà des retombées. Elle devrait permettre de refaire des valves ou des portions de muscle cardiaque.
Pour le poumon, l'équipe du pôle Hémato-Onco-Thorax, chirurgie thoracique et vasculaire de l'hôpital Avicenne à Bobigny, se montre aussi très prudente. Elle rappelle que la transplantation reste le seul traitement de l'insuffisance respiratoire chronique terminale, tout en soulignant les problèmes de rejet et les complications liées aux immunosuppresseurs. Et, avant d'obtenir un poumon régénéré à partir de cellules du patient, il va falloir trouver une matrice élastique capable d'induire une régénération des différents éléments composant le poumon et permettant donc la respiration, la circulation sanguine et les échanges gazeux (oxygène et gaz carbonique). Les travaux actuels ne laissent pas entrevoir d'applications chez l'homme avant 10 à 20 ans.
Côté foie, les informations sont bien plus optimistes. Il est actuellement possible d'enlever les cellules de cet organe tout en conservant son réseau vasculaire et sa matrice, donc sa structure. "L'ensemencement de cellules permet d'obtenir en quelques semaines un organe fonctionnel et transplantable chez le petit animal", expliquent le Pr Dominique Franco et Karim Si-Tayeb, de l'hôpital Antoine-Béclère à Clamart. "À côté des formidables possibilités d'investigation qu'offrent de tels modèles, la construction de foies chez l'homme pourrait permettre de remplacer la greffe de foie conventionnelle pour de nombreuses maladies hépatiques." Et cette solution semble à portée de main.
Le rein, en revanche, est l'un des organes les plus difficiles à reconstruire à cause de la complexité de sa structure et de l'hétérogénéité des cellules qui le constituent. Néanmoins, le Pr Jean-Michel Dubernard, chef du service d'urologie et chirurgie de la transplantation de l'hôpital Édouard-Herriot du CHU de Lyon, estime que les travaux actuels finiront par permettre de "fabriquer" un rein à partir de cellules du malade en vue de la transplantation tout en répondant à la pénurie d'organes et à la toxicité des agents immunosuppresseurs. Mais lui, comme les autres, insiste sur l'importance du don, qui sera encore pendant des années le seul moyen de sauver des vies.
http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/anne-jeanblanc/a-quand-des-organes-cultives-et-prets-a-greffer-13-10-2011-1384093_57.php

Aucun commentaire: